Homélie de la messe de Noël du père Raymond Latour, op

« Nous allons passer un beau Noël, cette année ! » disait-on avant, à l’époque où il était permis de faire des plans, où il n’y avait pas de restrictions. Noël se prêtait à toutes les formes de joyeuses célébrations, de rassemblements. Mais avions-nous bien conscience que nous fêtions l’avènement de celui qui nous rassemble, celui qui nous unit ?  

Quand la vie nous sourit, quand tous nos vœux semblent comblés, les souhaits de « Joyeux Noël » ne sont-ils pas superflus ? Mais cette année d’un Noël différent, d’un Noël sans pareil, le souhait qui semble ignorer que nous sommes encore plongés dans une grave crise sanitaire, prend une résonance nouvelle, surprenante. Comme lorsqu’il a retenti pour la première fois. Il ressemble à la bonne nouvelle qui est parvenue aux oreilles des bergers : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » !

Le premier « joyeux Noël ! » n’était pas destiné à des gens choyés par la vie. C’étaient des marginaux, des laissés-pour-compte, des pauvres dont personne ne se souciait vraiment. Ceux que Jésus plus tard proclamera « bienheureux », ceux qui n’avaient pas les moyens de réaliser leur propre bonheur et qui s’en remettaient à Dieu pour le pain quotidien comme pour la justice, comme pour la guérison, comme pour ce que nous désignons par le mot « salut », tout ce qui est nécessaire à la dignité humaine.

À part Jésus, personne sinon un ange, n’aurait pu s’adresser à ces bergers pour leur annoncer, à eux, pauvres et misérables, une « bonne nouvelle ». Parce que jamais rien de bon ne leur advenait, parce que jamais ils n’avaient été bénéficiaires de quoi que ce soit, on comprend leur surprise et leur crainte. Mais Dieu les a trouvés qui veillait cette nuit-là. Nos bergers, à qui personne ne s’intéressait, les voilà, cette nuit de Noël, destinataires, récipiendaires de la première bonne nouvelle. Annonce de la naissance du Sauveur et annonce retentissante aussi de la dignité des plus pauvres !

Dans ce Noël sans pareil que nous connaissons, ne sommes-nous pas plus que jamais dans une situation où nous pouvons partager leur joie ? Nous qui, jour après jour ces derniers mois, avons été abreuvés de mauvaises nouvelles ? qui avons vécu comme jamais la fragilité et la pauvreté de notre humanité ? nous qui avons découvert la précarité de nos bonheurs ? combien nous pouvons si facilement basculer d’un état à un autre, hier en santé, le lendemain en danger mortel, hier avec un bon emploi, le lendemain au chômage, hier avec un toit, le lendemain incapable de payer son loyer. La frontière entre le bonheur et le malheur nous est soudainement apparue bien poreuse. Nous découvrons brutalement à quel point nous sommes tous reliés. Nous avons été limités dans nos déplacements, mais peut-être avons-nous exploré un lieu jusque-là mal connu, celui de notre commune humanité.  Même si bientôt le vaccin nous fera oublier nos fragilités, nous savons maintenant que personne n’est immunisé contre son humanité !

C’était déjà la leçon du Nouveau-Né de la crèche : en lui, nous sommes tous frères et sœurs ! Depuis plus de 2000 ans, combien de fois l’histoire nous a-t-elle ramenés à la vérité de l’Enfant-Dieu qui nous est donné, pour qu’avec lui nous grandissions dans la paix et la joie de son amour ?

Le grand projet de Dieu n’est pas encore achevé. La pandémie nous a indiqué de nombreux chantiers à développer : une plus grande attention aux plus vulnérables, un système de santé qui soit bien soutenu par un effort collectif, une proximité envers les personnes seules et isolées et combien d’autres défis pour ensemble devenir « bonne nouvelle », pour effectivement réaliser le souhait d’un « joyeux Noël » envers les personnes qui sont dans la tristesse, la solitude, la peine. Entendront-elles cette année, par nous relayée, l’annonce de l’ange ?

Alors notre souhait correspondra à notre engagement pour un monde nouveau : « Joyeux Noël ! » ! que la paix nous advienne ! « Joyeux Noël ! » que la justice règne ! « Joyeux Noël ! » que les pauvres soient en fête ! « Aujourd’hui, vous est né un Sauveur » 

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