Notre-Dame du Rosaire: 7 octobre

       Le rosaire a déjà été désigné « le psautier » du peuple, parce qu’il permettait aux gens qui n’appartenaient pas à la « cléricature » de se joindre à la grande prière de l’Église, chaque grain du rosaire, chaque « ave », évoquant l’un des 150 psaumes. Avec le rosaire, la méditation des mystères de la foi se trouvait à la portée de tous. Une prière pour les pauvres, née dans un Moyen-Âge où l’accès à l’éducation n’était pas universel, contrairement à la ferveur religieuse.

       Cette prière séculaire du rosaire nous rejoint de façon bien paradoxale, par rapport à son milieu de naissance. Nous vivons dans un monde où l’accès à l’écrit et à la parole créent une impression de saturation. Trop de paroles, trop de bruits, trop de discours. Nous aspirons à plus de simplicité, à moins d’encombrement. La récitation du chapelet nous rend un précieux service en ce sens. Peut-être a-t-elle un effet bénéfique pour défaire en nous toute tendance au cléricalisme et nous ramener à une reposante humilité ?

       La prière du rosaire garde toujours un lien de ressemblance avec celle des psaumes. Elle aussi est un miroir de l’âme. Elle aussi s’enrichit de toute notre expérience de vie, de tout notre parcours de foi traversé de joies, de souffrances, de renaissances et de lumière. Elle se bonifie avec le temps, elle prend la patine du temps, comme si les grains devenaient plus luisants avec l’usage. Le mois d’octobre lui convient bien !  C’est aussi une prière objective, qui ne dépend pas de nos états d’âme, qui nous fait prier les « mystères douloureux » aux jours de grande joie et parfois l’inverse. Le rosaire nous aide à prendre des distances par le souvenir de tous les états dans lesquels il nous a trouvés.

Le rosaire, c’est une sagesse portative, toujours disponible pour revenir à la paix, comme celle de Marie qui contemplait toutes ces choses en son cœur. C’est la prière qui nous remet dans les dispositions de l’enfant qui s’adresse autant à sa Mère du Ciel toujours bienveillante, qu’à son Père qui remplit ses promesses. Sagesse et confiance qui nous font demander l’intercession de Marie maintenant et à l’heure de notre mort. Nous ne sommes jamais aussi réalistes que lorsque nous prions le rosaire, dans l’admission de notre faiblesse, de notre pauvreté, de notre mortalité. Nous ne sommes jamais aussi établi dans la foi que lorsque nous déclarons avec l’ange «Marie pleine de grâce, bénie entre toutes les femmes ». Heureuse celle qui a cru dans la Parole qui lui a été dite de la part du Seigneur. Par cette prière, nous nous disons aussi heureux, heureuses de cette foi qui nous donne vie et qui féconde notre vie.

       C’est la prière qui nous fait participer à l’ouverture de Marie, à sa disponibilité, à son accueil. L’ange qui survient chez elle à l’improviste, qui ne s’en excuse pas non plus parce que les amis de Dieu savent que son amour prend toujours l’initiative et nous rejoint dans le plus quotidien, sans préparation, mais si longuement et mystérieusement préparé. La prière du rosaire est une prière d’amour qui nous amène à renouveler notre consentement, notre adhésion au projet de Dieu, même s’il nous déroute. « Comment cela va-t-il se faire ? » demandait Marie. La question supposait déjà son ouverture à l’œuvre de Dieu, la remise entière de son être au travail en elle de la grâce. Abandon, obéissance. Toujours à réapprendre, littéralement, s’accrocher au chapelet quand nos repères paraissent vacillants.

       Par le rosaire, avec Marie, connaître la joie des pauvres. Être en présence du Seigneur tous les jours de nos vies. Se savoir comblé, se savoir aimé pour être capable de supporter toutes les adversités, avec cette seule certitude que le Seigneur est avec nous. Marie qui redit à notre cœur « Par la croix, tu vaincras », Marie qui s’est tenue debout aux pieds de la Croix, l’humble et la forte Marie nous persuade de la vérité de toutes les promesses de Dieu. Prier avec elle, c’est se tourner vers la Lumière et demander inlassablement que la vie du ressuscité habite en nous et y demeure.

       Rosaire en mains, comme Marie, marchons humblement avec notre Dieu.

Raymond Latour, o.p.

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